Saint Marcel : La douleur fait place à la colère
Il ne veut pas qu'elle « soit décédée pour rien ». Après la mort accidentelle de France Bruant, 27 ans, sur la chaussée parisienne, Primaël, son mari, va porter plainte aujourd'hui contre Bertrand Delanoë et Denis Baupin, son adjoint (Verts) chargé des Transports. Il les accuse de « faire passer les idéologies politiques avant la sécurité des gens ». La victime, sous-officier de l'armée de terre, a été fauchée par une voiture le 8 novembre sur le boulevard Saint-Marcel (5e), réaménagé par la municipalité en « espace civilisé », avec couloirs de bus en double sens. C'est le deuxième accident mortel depuis septembre à cet endroit, où l'on dénombre aussi une trentaine d'accidents depuis le début de l'année.
Hier, Primaël a décidé de sortir de l'ombre pour faire entendre sa colère. Contre le conducteur du véhicule tout d'abord, « qui a sa part de responsabilité », mais aussi contre la Ville, qu'il estime tout aussi fautive. « Les arrondissements s'étaient farouchement opposés à ces aménagements. Mais la Mairie ne les a pas écoutés, elle s'est fermée comme une huître. » En mars, Bertrand Delanoë reconnaissait des anomalies dans la signalétique de cet axe et annonçait sa modification « profonde », « pour la rendre plus compréhensible et améliorer la sécurité des piétons ». Les travaux ont eu lieu au printemps. Insuffisants à sécuriser l'axe, selon le plaignant.
A la Mairie, le porte-parole de Bertrand Delanoë « comprend la douleur » de Primaël, mais rappelle que « ce n'est pas parce qu'il y a un drame que l'on doit automatiquement en conclure que c'est la faute des aménagements, la corrélation n'est pas établie ». La préfecture de police lui a par ailleurs indiqué qu'il « semble que cet accident soit lié au fait que cette femme a traversé en dehors des clous ». « Et alors que le feu était vert pour les voitures », ajoute Denis Baupin. L'adjoint chargé des Transports rappelle que « les axes les plus accidentogènes à Paris sont ceux sur lesquels nous n'avons pas fait d'aménagements ». Mais il « comprend que ce monsieur ait envie d'exprimer sa colère, c'est légitime, quelles que soient les statistiques », conclut-il.
Magali Gruet (20 minutes)